« Les travaux de Charlotte Gautier Van Tour explorent cette dynamique universelle infinie qui nous incorpore, et inscrit notre être au coeur de l’univers. Dans son atelier, elle interpelle avec beaucoup de modestie les sciences, celles approuvées par les académies comme les plus occultes, tout en s’inspirant de concepts philosophiques orientaux. Elle a longtemps pratiqué le Butō, une danse contemporaine japonaise qui relève de l’introspection et qui aborde le corps comme paysage. Elle s’intéresse aussi à cette pensée japonaise qui considère que tout ce qui est imparfait, impermanent, est d’autant plus magnifique parce que cela exprime la vie et correspond au mouvement organique de toute chose. Des conceptions qui soulignent combien nous participons à un tout organique, animé, fait d’accidents et d’imprévus, traversé par des énergies et en perpétuelle transformation. Les expérimentations de Charlotte Gautier Van Tour en révèlent sa force, et nous apprennent sur notre propre corps, sur le rapport aux autres et sur cette immense chorégraphie céleste à laquelle il est important de se reconnecter. »

Texte Valérie Toubas et Danniel Guionnet - Revue Point Contemporain - hors-série Autours de l’image,novembre 2018. [Entretien complet PDF]


« (…) Toutes ces réflexions et réfractions de la lumière engendrent un espace en expansion où le spectateur se laisse prendre, perd le sens de la dimension, oublie l’échelle de perception. Tout autour, le monde environnant donne l’illusion de se produire et de se révéler dans l’expansion de la lumière.
La lumière sur laquelle travaille l’artiste est bien plus qu’un éclairage ou un rayon lumineux, c’est la matière infiniment subtile dans laquelle baigne le monde, l’éther des physiciens, la substance même du monde qui nous échappe (...). »

Texte George Quidet, galerie HCE, 2017


« Si la dimension spectaculaire de la philosophia naturalis, basée sur l’observation des phénomènes naturels, a mené celle-ci à sa perte au XVIIIe siècle au profit d’une pratique scientifique fondatrice des sciences modernes, sa force de persuasion est toujours présente de façon plus ou moins marquée dans l’art contemporain. Grâce aux clés de compréhension fournies par l'évolution des sciences et le développement des technologies, les artistes contemporains interrogent cette séparation entre le savant et le merveilleux en appliquant à leur échelle les lois naturelles qui régissent la matière et les phénomènes naturels tout en révélant le caractère surprenant de certains principes mécaniques et scientifiques.
Transformant leur atelier en de véritables laboratoires, en salles de « physique » au sens étymologique du terme en « observation des manifestations naturelles », ils pratiquent l’analyse de phénomènes météorologiques, géologiques ou biologiques en créant et provoquant des micros cataclysmes, des érosions, des condensations et autres fissurations. Des phénomènes qui, au-delà de leur caractère scientifique ou fantastique, leur permettent d’apporter un nouveau regard sur notre place dans l’univers et, par un jeu de transpositions, sur les phénomènes sociologiques ou anthropologiques. Une approche bidimensionnelle faite de rationalisme et d’émerveillement, et s’engageant parfois sur des territoires scientifiques tels que la mécanique des masses, la thermodynamique des fluides, la résistance des matériaux, qui les place incontestablement dans la chaîne de la recherche.
Les artistes contemporains introduisent ainsi un nouveau rapport à la connaissance tout en gardant comme point de départ la base d'une observation « objective ». Une parenté que Charlotte Gautier Van Tour et Marion Flament développent autour d’un projet d’expositions, de rencontres et de débats, mettant en parallèle des démarches d’artistes et de scientifiques avec pour ambition de souligner leurs points de similitude, tant dans l’agencement de leurs ateliers/laboratoires respectifs que dans les outillages et matériaux qu’ils emploient.
Le premier opus du projet, wanderer above the sea of fog, réunit à la Villa Belleville 10 artistes dont la pratique renoue avec cette philosophie naturelle en ré-interrogeant les phénomènes par des approches mêlant tout autant science que poésie ou fantastique. Des travaux qui nous rappellent par certains aspects ce « réalisme fantastique » capable de nous faire accéder aux mystères que contient la réalité. En effet, si le rapport aux savoirs persiste dans leur démarche, s'ils conservent certaines propriétés physiques, ils développent leur champ d'action dans d'autres contextes. Sensibles aux débordements, aux accidents, à la surprise, aux aléas qui, comme le hasard, ne sont pas l'indice d'une méconnaissance, d'une désorganisation dans l'agencement des savoirs ou d’une faiblesse du processus de construction, ils expérimentent avec une forme d’enthousiasme émerveillé un nouveau modus operandi, une autre appropriation de ces phénomènes.
Au rationalisme et aux protocoles rigides, ils opposent une ouverture d’esprit indispensable pour appréhender le caractère magique ou poétique de certains phénomènes. Et si la science s’appuie sur une forme d’empirisme, ils n'hésitent pas à revisiter l'ordonnancement des faits, à en jouer pour y introduire une forme de subjectivité afin de provoquer l’inconnu. »

Texte Valérie Toubas et Daniel Guionnet- Revue Point contemporain pour le texte d’exposition de Wanderer above a sea of fog à la Villa Belleville, 2017


« Nos movemos en un rango de percepción limitado. Vivimos rodeados de sonidos, colores y seres vivos que no somos capaces de percibir. Existen fuerzas que no comprendemos y que, sin embargo, dejan en nosotros una impronta real. Lo que ayer era magia hoy podemos pre- decirlo y manipularlo. No es una transformación exterior, sino una transmutación de la per- cepción, la conciencia de que el universo palpita y que la huella de su pulso puede capturarse. En “Ser o estar”, de Charlotte Gautier y Linda Sánchez, el arte se convierte en catalizador de esta búsqueda. Ese concepto interior que convierte la palabra en poesía y la piedra en algo bello se propone aquí como herramienta para unir “dentro” y “fuera”, “visible” e “invisible” y juntar los polos que realmente siempre fueron uno. »

Texte Álvaro Rodriguez de la Rubia, Casa de Velazquez, Octobre 2015