LES PLIS DU VIVANT


Série de recherches, de sculptures et d’installations réalisées pendant la résidence à la Fondation LAccolade (Paris) en janvier et février 2021
Oeuvres par ordre d’apparition : Serpentine, Mirror matricium, Pellis abyssae, La peau d’un faune,
Matériaux : souche de kombucha, écorces de fruits, café, thé, poudre d’ortie, agar-agar, glycérine de moutarde, spiruline
Dimensions variables
2021
© Photos Martin Argyroglo / Charlotte Gautier van Tour


« La résidence de Charlotte Gautier Van Tour a été un moment de recherche et de création dédiée au vivant, à la façon dont il déborde en nous et par nous, dont il se plie et se déplie, dont il fait peau, membrane. A partir de cultures symbiotiques de micro-organismes, de techniques de fermentation, l’artiste crée des œuvres organiques comme autant d’invitations à une relation apaisée au vivant et aux micro-organismes qui nous constituent. Ses matières, telles que le kombucha, l’agar-agar, la spiruline, deviennent des partenaires pour explorer les potentiels métamorphiques du vivant. »

Christopher Yggdre, Curateur


« (…) l’artiste a fait naître un jardin, des territoires débordants, envahissants nos narines et nos rétines, une géographie élaborée par tout un peuple, lui aussi invisible, celui des bactéries et des micro-organismes.
Charlotte Gautier Van Tour travaille avec un matériau vivant, qui s’étale, se rétracte, se ride en fonction des variations de température et d’humidité, évoluant à son propre rythme et à son aise. Les œuvres sont créées à partir de gelée d’agar-agar, de spiruline, de kombucha à laquelle viennent s’ajouter des poudres diverses de peau de citron, d’ortie, de charbon... Des teintes allant de l’ocre au vert, du bistre à l’indigo vont apparaître telles des stigmates.
« Les plis du vivant » évoquent les gestes qui s’impriment dans le tissu, traces de vie, traces de l’intime, dont tant de peintres et de sculpteurs se sont emparés jusqu’à faire de l’étude du drapé un exercice en soi, jusqu’à détacher le pli de l’expression d’un mouvement, effacer le corps et le vêtement. Le pli devient alors « déclencheur d’imaginaire » selon les mots de Mallarmé.
Le travail de Charlotte Gautier Van Tour invite à se laisser déborder, se laisser modifier, abandonner les oripeaux de l’arrogance humaine pour déambuler dans les frondaisons velues de micro-organismes captés sous microscope, en compagnie de « Jack la bestiole » apparue sans crier gare durant cette résidence. Ce que nous prenions pour des parasites ne sont finalement que des alliés dans ce combat pour la vie, pour l’avenir, des lanceurs d’alerte. Puissions- nous apprendre le langage bienveillant et silencieux des bactéries qui tissent dans nos ventres, comme à l’origine de Terre, la vie coûte que coûte, fragile, unique, irremplaçable. Qu’en chacun de nous s’exercent la faune et la flore de tout notre épiderme. »

Catherine Dobler, Fondatrice, FONDATION LACCOLADE